Émilie

Arrivée inattendue d’un soldat

(Extrait du livre «L’influence des vies antérieures dans le présent»)

Lors d’une formation durant laquelle il y avait sept ou huit élèves, j’étais en train d’enseigner un exercice pratique de chirurgie aurique.

Une élève était allongée sur la table de thérapie, et les autres, ainsi que moi-même, tout autour d’elle pour procéder au soin. Il y avait notamment une élève à la tête de la table : Émilie, une jeune femme brune, les cheveux très longs.

Au bout d’un moment, en regardant à gauche, j’avais constaté qu’Émilie avait soudainement complètement changé de corps ! Je la voyais alors comme un grand soldat brun avec ses médailles. Il n’avait pas du tout la même carrure, ni le même habillement, et encore moins le même visage d’Émilie. Cette vision était tellement réelle que cela m’avait quand même un peu intimidée sur le moment, car je ne me souvenais pas qu’un soldat était inscrit au cours !

J’avais alors donné un petit coup de coude à ma voisine de droite pour vérifier si elle voyait ce que je voyais. En tournant la tête vers Émilie, elle avait écarquillé les yeux, puis avait acquiescé à ma question silencieuse ; puis elle avait transmis le message à sa voisine, qui, en levant la tête, était devenue livide à son tour… Malgré moi, je m’étais mise à pousser un peu les autres pour m’éloigner de ce soldat, car l’image restait tellement figée (en plus d’être validée par les autres élèves !) que cela était quelque peu troublant… En effet, il semblait tout aussi tangible que les autres élèves autour de la table.

Émilie, quant à elle, bien qu’ayant remarqué que nous la regardions tous, mais sans en connaître la raison, avait soudain attaché ses cheveux (la faisant ainsi davantage ressembler à un homme), puis s’était mise dans une position très droite, qui ressemblait à une sorte de garde-à-vous… Pourtant, elle ne savait pas pourquoi elle faisait ceci subitement ; d’ailleurs, elle ne s’en rendait pas vraiment compte. Nathalie, ma collègue, faisait également partie du groupe et je lui avais demandé si elle avait également perçu la même chose ; elle avait répondu par l’affirmative. Au final, après sondage, il n’y avait qu’un seul élève qui n’avait pas vu ce soldat.

J’avais ensuite reçu le message que ce soldat était là parce qu’il avait été massacré à coups d’épée, particulièrement ciblés dans la région du ventre, et qu’il n’était absolument pas en paix avec cette mémoire. Je lui avais demandé s’il était l’âme de quelqu’un qui utilisait le corps d’Émilie pour se manifester, et il m’avait répondu que non, il était l’une de ses vies antérieures.

Émilie, pour sa part, ne comprenait pas pourquoi nous nous éloignions d’elle. Lorsque je lui avais expliqué, elle avait indiqué que cela lui parlait complètement, parce qu’elle souffrait de douleurs terribles dans le ventre et l’estomac ; mais au niveau médical, il n’y avait rien. J’avais ensuite demandé à Nathalie d’aller avec elle dans une autre pièce pour travailler en binôme afin de traiter cette mémoire. Après quelque temps, j’étais allée voir comment le travail s’effectuait, et j’avais constaté que même allongée pour le soin, Émilie restait droite et rigide comme un soldat. Puis elle avait petit à petit repris son corps normal, si bien qu’à la fin de la journée de cours, l’on ne voyait plus le soldat en elle.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, cette histoire ne s’arrêtait pas là !

Quelques heures plus tard, en pleine nuit, je m’étais réveillée et j’avais vu cet homme dans l’encadrure de la porte de ma chambre à coucher. (Là, je peux vous dire avec certitude que la peur avait fait son apparition brusquement !)

Je ne comprenais pas pourquoi une vie antérieure d’autrui venait interagir avec ma vie actuelle. Si ce soldat avait été un défunt qui cherchait à passer de l’autre côté, j’aurais pu comprendre, mais dans ce cas précis, étant donné qu’il s’agissait de l’incarnation d’une vie passée de l’une de mes élèves, je ne saisissais pas l’objet de sa présence chez moi en pleine nuit…

Le militaire m’avait alors dit qu’il était là parce qu’il éprouvait de la colère qu’il avait besoin de traiter. Il avait ajouté que j’avais moi-même de la culpabilité et le sentiment d’impuissance à résoudre. Nous avions alors entamé une sorte de dialogue aussi réel que possible. Il m’avait ainsi montré une scène où il était dans une sorte d’hospice. Il y avait une femme (moi) qui passait de blessé en blessé pour aider en épongeant le sang des plaies ou en rafraîchissant leur visage avec un peu d’eau. Le soldat avait gardé de la colère concernant le fait que l’on n’avait pas pu l’aider. (Or, cette programmation expliquait pourquoi les médecins ne trouvaient rien à propos des maux d’estomac d’Émilie : son âme répétait l’idée qu’on ne peut pas l’aider médicalement parlant.) Et la femme avait gardé le sentiment d’impuissance de ne pas pouvoir faire davantage pour sauver ces gens, mais également la conviction que « réconforter ne guérit pas », ainsi que la culpabilité liée au fait qu’en tentant de les aider, elle leur donnait de faux espoirs et prolongeait leurs souffrances…

Cela me parlait tout à fait, car j’avais toujours appliqué cette théorie en séances et en formations, et j’avais constamment pensé que le réconfort ne guérissait rien ; d’ailleurs, l’idée même du réconfort m’irritait…

Entre-temps, j’ai travaillé sur ce blocage. À présent, je continue de penser que réconforter ne fait pas tout, c’est pourquoi j’incite les gens à aller au-delà de leurs aptitudes, dans le but de repousser leurs limites et d’aller encore plus loin et encore plus profondément dans leurs soins ; ceci pour leur propre épanouissement. Mais désormais, cela ne m’irrite plus de voir des gens se réconforter ou se faire réconforter ; je leur fais alors simplement part de mon point de vue pour tenter de les aider à repousser leurs limites afin de puiser dans leurs propres ressources pour guérir davantage.

En somme, ce cours avait été riche en apprentissages, autant pour mes élèves que pour moi-même, car cette arrivée du soldat avait expliqué beaucoup d’éléments me concernant, et notamment ma peur non pas du sang, mais des balafres, de la guerre et de la violence produite avec des armes blanches. Cela expliquait également ma répulsion irrépressible envers les hôpitaux. À ce propos, un fait marquant est que lorsque j’étais en visite touristique à Paris à l’âge de vingt ans, j’avais été tout bonnement incapable d’entrer dans l’hôpital des Invalides, alors que j’étais pourtant particulièrement friande de visites… À présent, je comprends la raison de cette appréhension.

Après le traitement de cette mémoire, le soldat était parti et j’étais retournée dormir.

La fois suivante que j’avais vu Émilie, c’est-à-dire environ un mois plus tard pour la suite du cours, elle m’avait indiqué qu’elle avait déjà beaucoup moins de douleurs au ventre.