Quand on parle du syndrome de l’imposteur, on imagine souvent quelqu’un qui en fait trop.
Quelqu’un qui :
- surtravaille,
- se prépare énormément,
- vérifie tout,
- veut être irréprochable.
Et c’est vrai : cela existe souvent.
Mais il existe aussi une autre forme, plus discrète, parfois plus honteuse :
celle de la personne qui repousse.
Elle repousse :
- le projet important,
- le mail sensible,
- la candidature,
- la prise de parole,
- la décision,
- l’appel,
- le moment de se montrer,
- ou ce pas qui pourrait pourtant lui faire vraiment franchir un cap.
Et comme elle repousse, elle finit souvent par se juger :
- “je suis paresseux(se)”
- “je manque de discipline”
- “je me sabote”
- “je n’arrive jamais à m’y mettre”
Or, très souvent, la procrastination ne parle pas seulement d’organisation.
Elle est moins une question de temps qu’une question de régulation émotionnelle, liée notamment à l’évitement d’émotions inconfortables comme l’anxiété, la peur de l’échec ou la honte.
Autrement dit :
on ne procrastine pas toujours parce qu’on ne veut pas agir.
On procrastine parfois parce qu’agir expose.

La procrastination n’est pas toujours de la paresse
C’est probablement le point le plus important à poser dès le départ.
Dans le langage courant, on imagine souvent la procrastination comme :
- un manque de volonté,
- un problème de discipline,
- une mauvaise habitude,
- ou une forme de paresse.
Mais c’est un point à nuancer avec lucidité.
La procrastination est souvent liée à l’évitement de pensées ou d’émotions difficiles, et fonctionne comme une manière de se soulager à court terme, même si elle aggrave ensuite le stress.
Autrement dit :
remettre à plus tard peut parfois être une stratégie pour éviter quelque chose de plus douloureux que la tâche elle-même.

Quel lien avec le syndrome de l’imposteur ?
Le lien est plus fort qu’on ne l’imagine.
Quand une personne vit avec un fort sentiment d’imposture, elle peut ressentir chaque situation importante comme un risque d’exposition :
- “si j’essaie vraiment, on verra mon vrai niveau”
- “si je me montre, je pourrais être démasqué(e)”
- “si je vais jusqu’au bout, je ne pourrai plus me cacher derrière le potentiel”
- “si j’échoue, cela prouvera que je n’étais pas à la hauteur”
Le syndrome de l’imposteur peut conduire à l’évitement, à l’auto-sabotage, à la peur de l’échec, et à des comportements destinés à ne pas être exposé(e) directement à une évaluation réelle.
Autrement dit :
la procrastination peut devenir une manière de différer le moment où la réalité viendrait trancher.

Pourquoi repousser ce qui pourrait justement vous faire grandir ?
Parce que grandir n’est pas seulement désirable.
C’est aussi risqué psychiquement.
Grandir, dans beaucoup de cas, veut dire :
- être davantage visible,
- prendre plus de place,
- être plus exposé(e),
- être davantage attendu(e),
- être jugé(e) sur quelque chose de plus grand,
- ou ne plus pouvoir se protéger derrière le “je pourrais, si je voulais”.
Certaines personnes évitent précisément ce qui pourrait les faire avancer ou leut apporter du succès, parce que réussir signifierait aussi plus d’attentes, plus d’exposition et plus de pression de l’entourage.
Et le syndrome de l’imposteur peut largement nourrir cette peur.
Autrement dit :
ce n’est pas seulement l’échec que certaines personnes redoutent.
C’est aussi ce que la réussite rendrait impossible à éviter.

Tant que vous ne faites pas vraiment, vous pouvez encore croire à votre potentiel
C’est une logique très fréquente, et souvent inconsciente.
Tant que le projet n’est pas terminé,
tant que la candidature n’est pas envoyée,
tant que la décision n’est pas prise,
tant que le texte n’est pas publié,
tant que la prise de parole n’a pas eu lieu,
il reste une échappatoire intérieure :
- “je pourrais très bien”
- “je suis capable, mais je ne m’y suis pas encore mis(e) sérieusement”
- “ce n’est pas mon vrai niveau”
- “on ne m’a pas encore vu(e) pour de vrai”
Autrement dit :
procrastiner protège parfois une image de soi potentielle.
Si vous n’allez pas jusqu’au bout, vous ne vous confrontez pas complètement à :
- la limite,
- la critique,
- l’imperfection,
- ou le verdict imaginaire que vous redoutez.

Le paradoxe : vous voulez avancer… mais vous repoussez ce qui vous ferait avancer
C’est précisément cela qui rend la procrastination si douloureuse.
Parce que la personne ne veut pas forcément rester immobile.
Au contraire, souvent :
- elle veut réussir,
- elle veut grandir,
- elle veut saisir l’opportunité,
- elle veut avancer.
Mais en même temps, quelque chose en elle résiste.
Et ce quelque chose résiste souvent non pas au projet lui-même…
mais à ce qu’il implique émotionnellement :
- être vu(e),
- être jugé(e),
- ne plus pouvoir se cacher,
- risquer l’imperfection,
- ou perdre la protection de l’attente.

Le perfectionnisme et la procrastination travaillent souvent ensemble
C’est un couple très fréquent.
Quand les standards sont trop hauts, commencer devient menaçant, terminer devient angoissant, et montrer devient presque insupportable.
Autrement dit :
plus la barre intérieure est impossible, plus il peut devenir tentant de :
- retarder,
- peaufiner sans fin,
- repousser le moment de livrer,
- ou ne jamais se sentir “assez prêt(e)”.
Ce n’est donc pas contradictoire :
on peut être à la fois très exigeant(e)… et très bloqué(e).

Ce que la procrastination protège souvent
Elle peut protéger de plusieurs choses à la fois :
1. La peur de l’échec
Si j’essaie vraiment et que je n’y arrive pas, alors peut-être que cela dira quelque chose de moi que je ne veux pas entendre.
2. La peur d’être vu(e)
Si je montre vraiment ce que je fais, je deviens lisible, donc vulnérable.
3. La peur de la réussite
Si cela marche, il faudra tenir le niveau, assumer la place, accepter davantage de visibilité.
4. La peur d’être imparfait(e)
Si ce n’est pas irréprochable, ce sera peut-être humiliant.
Autrement dit :
la procrastination ne protège pas toujours du travail.
Elle protège souvent du ressenti que le travail pourrait déclencher.

Pourquoi cela crée autant de honte
Parce que de l’extérieur, et même pour soi-même, la procrastination ressemble facilement à un défaut de caractère.
La personne voit bien qu’elle repousse.
Elle voit que cela se répète.
Elle voit qu’elle se met elle-même en difficulté.
Alors elle se juge :
- “je suis nul(le)”
- “je manque de rigueur”
- “je m’auto-sabote”
- “je ne mérite rien si je fonctionne comme ça”
Et cette honte aggrave souvent encore le problème.
Pourquoi ?
Parce qu’elle ajoute une douleur de plus à la tâche.
Et plus la tâche devient chargée émotionnellement, plus on risque encore de la fuir.
Cette autocritique aggrave souvent le cycle au lieu de le résoudre.

Le soulagement du report est réel… mais très bref
C’est ce qui rend la procrastination si piégeante.
Quand vous repoussez, il peut y avoir un soulagement immédiat :
- “pas maintenant”
- “j’y penserai plus tard”
- “je ne me prends pas la tête”
- “je vais d’abord me mettre dans de meilleures conditions”
Et, sur le moment, cela calme un peu.
Mais ensuite reviennent souvent :
- la pression,
- la culpabilité,
- le retard,
- le stress,
- l’image de soi abîmée,
- et la preuve apparente qu’on “n’y arrive pas”.
La procrastination fonctionne donc souvent comme une stratégie de soulagement à court terme qui aggrave la souffrance à long terme.

On peut alors entrer dans un vrai auto-sabotage
Pas toujours de manière consciente.
Mais à force de repousser :
- on rate des occasions,
- on n’ose pas,
- on renonce avant même d’avoir essayé vraiment,
- on arrive mal préparé(e),
- on confirme ses pires peurs sur soi,
- et on entretient l’idée qu’on n’est “pas à la hauteur”.
On crée, souvent sans le vouloir, des obstacles qui permettront ensuite d’expliquer une difficulté ou un échec sans devoir affronter directement la peur d’être insuffisant(e).
Autrement dit :
la procrastination peut devenir une manière de protéger l’ego… tout en l’abîmant.

Ce n’est pas seulement un problème de discipline
C’est parfois une manière de ne pas être confronté(e) trop frontalement à vous-même
C’est ici que le sujet devient plus profond.
Car au fond, certaines personnes ne procrastinent pas parce qu’elles ne veulent rien.
Elles procrastinent parce que ce qu’elles veulent compte beaucoup.
Et justement parce que cela compte :
- il y a plus d’enjeu,
- plus de peur,
- plus d’exposition,
- plus de risque symbolique.
Autrement dit :
plus la chose pourrait vous faire grandir,
plus elle peut aussi réveiller votre sentiment d’imposture.

Comprendre cela ne suffit pas toujours à s’y mettre
Beaucoup de personnes lisent ce type d’article et se disent :
- “oui, je vois bien que je repousse parce que j’ai peur”
- “oui, je comprends que je protège quelque chose”
- “oui, je reconnais cette peur d’être vu(e), de rater ou de réussir”
- “oui, je ne suis donc pas juste paresseux(se)”
Et cette compréhension est très importante.
Mais elle ne suffit pas toujours.
Pourquoi ?
Parce que la procrastination n’est pas seulement une erreur de pensée.
Elle est souvent :
- une régulation émotionnelle,
- une stratégie d’évitement,
- une défense contre la honte,
- ou une manière de rester en sécurité face à une menace intérieure.
Autrement dit :
vous pouvez très bien comprendre pourquoi vous repoussez…
sans encore réussir à ne plus repousser.
Et si la vraie question n’était pas seulement :
“Pourquoi je procrastine ?”,
mais :
“Comment sortir de là ?”
C’est peut-être là que le sujet devient vraiment transformant.
Parce qu’au fond, la procrastination ne cherche pas toujours à vous faire échouer.
Elle essaie parfois, maladroitement, de vous protéger :
- d’un verdict,
- d’une exposition,
- d’une honte,
- d’une attente trop forte,
- ou d’une vérité sur vous que vous redoutez.
Et si vous vous reconnaissez là, il est possible qu’à ce stade, la vraie question ne soit plus seulement de devenir plus discipliné(e).
Il devient peut-être plus juste de travailler ce que votre report, votre évitement ou votre blocage essaient encore d’empêcher de se produire en vous.
Option 1 :
la libération guidée
Vous sentez que vous repoussez souvent précisément ce qui pourrait pourtant vous faire avancer, grandir ou vous faire changer de place ?
En séance, je vous aide à comprendre (et surtout à traiter) ce qui se rejoue derrière la procrastination : peur de l’échec, peur d’être vu(e), perfectionnisme, syndrome de l’imposteur ou besoin de rester protégé(e), afin d’aller vers plus de sécurité intérieure et de liberté dans votre passage à l’action.
Option 2 :
la voie de la connaissance
Vous préférez d’abord continuer à éclairer ce que vous vivez à votre rythme ?
Mes livres peuvent déjà vous aider à mieux comprendre le syndrome de l’imposteur, la procrastination, les mécanismes d’évitement et les schémas inconscients qui influencent encore votre manière d’avancer.
FAQ – Syndrome de l’imposteur et procrastination
Voir la FAQ
Le syndrome de l’imposteur peut nourrir la procrastination parce qu’agir, livrer ou se montrer expose à une évaluation réelle. Repousser permet parfois d’éviter temporairement la peur d’être jugé(e), démasqué(e) ou insuffisant(e).
Parce que ce qui pourrait vous faire grandir pourrait aussi vous exposer davantage : à la critique, à l’échec, à la réussite, au regard des autres ou à la confrontation avec votre propre niveau réel.
Pas forcément. Elle est souvent considérée comme un problème de régulation émotionnelle, plus que comme une simple mauvaise gestion du temps ou que de la paresse.
Quand les exigences deviennent trop élevées, commencer ou terminer une tâche peut devenir angoissant. Le perfectionnisme nourrit alors l’évitement et le report.
Oui. Certaines personnes redoutent non seulement l’échec, mais aussi ce que la réussite impliquerait : plus de visibilité, plus d’attentes, plus de pression ou une place plus difficile à assumer.
Pas toujours. Comprendre aide à sortir de la honte et du flou, mais cela ne transforme pas automatiquement la fonction protectrice que la procrastination joue encore en profondeur. D’où l’intérêt d’une thérapie.
Pour aller plus loin…
- Pour comprendre comment le syndrome de l’imposteur peut se cacher derrière plusieurs stratégies de compensation (perfectionnisme, surcontrôle, people pleasing ou procrastination) et pourquoi ces formes ne se voient pas toujours immédiatement :
- Pour voir comment le perfectionnisme essaie souvent de sécuriser la valeur, d’éviter la honte et de rendre enfin légitime… sans jamais vraiment y parvenir durablement :
- Pour comprendre pourquoi certaines personnes continuent à douter d’elles-mêmes malgré leurs réussites, et pourquoi accumuler les preuves ne suffit pas toujours à se sentir enfin rassuré(e) intérieurement :
- Pour mieux comprendre cette voix intérieure qui critique, anticipe, commente et transforme parfois chaque passage à l’action en scène d’exposition ou de jugement :
- Pour découvrir l’approche globale que je propose lorsque certaines peurs, certains reports ou certaines répétitions continuent à vous bloquer malgré toute la lucidité que vous avez déjà sur ce que vous vivez :
À propos de l’auteure
Thérapeute, formatrice, auteure et conférencière, Chrystel Rieder est reconnue pour sa perspicacité, sa logique et la profondeur de ses analyses.
Elle a dédié sa carrière de plus de 15 ans à un objectif clair : donner à chacun les clés pour se libérer durablement des schémas répétitifs et des blessures invisibles.
Son approche, la Méthode Chrystel Rieder©, est réputée pour sa capacité à aller droit à la source des problèmes en dialoguant directement avec l’inconscient.
Elle intègre ses techniques phares :
– La TAEV (Technique de l’Âge, de l’Émotion et du Vécu©), pour reprogrammer la base de données émotionnelle.
– La TMA (Technique de Matérialisations selon les Âges©), pour décoder la logique des chiffres qui pilotent notre vie.
En plus des séances privées, ses livres et ateliers sont des outils supplémentaires pour guider chacun sur le chemin de sa propre maîtrise.
Ce que ses clients disent souvent : « En une séance avec Chrystel, j’ai compris et débloqué ce que je n’avais pas réussi à toucher en des années de thérapie. »

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